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samedi, 16 janvier 2010

Haïti : troisième jour.

Message reçu directement de Geneviève, ma belle-soeur.

"Je suis restée toute la journée hors de la maison . D'abord un arrêt à la résidence (détruite) de l'ambassade (elle aussi détruite) pour tenter d'obtenir des consignes claires concernant notre situation ici. En fait tout le monde était plus préoccupé par la venue du ministre Joyandet. Puis nous avons filé à l'aéroport, long parcours à travers la ville. (ceux qui connaissent comprendront mieux) qui m'ont permis de prendre la température .Spectacle de désolation qui rappellerait celui d'un bombardement ! Parmi la population, aucune agressivité, aucune colère, mais beaucoup de solidarité et d'entraide pour fouiller dans les ruines et retrouver des objets, des outils qui serviront à nouveau. Certains reconstruisent des murs de fortune, d'autres récupèrent une gamelle, improvisent un trépied pour le feu et cuisinent pour la rue . Je ne nie pas qu'il y ait des scènes de violence, notamment autour des distributions d'eau et de vivres : ce sont des dons, donc gratuits ce qui justifie les bagarres car chacun veut en profiter. Quand il s'agit d'attendre pour faire ses courses dans les premiers markets qui ré-ouvrent, la file est très organisée et respectée ! Bien sûr qu'il y a aussi des pillages dans les maisons, les boutiques ... , mais quelle catasrophe ne les a pas connus ? On entend des coups de feu la nuit tirés en l'air par les gardiens pour faire fuir les voleurs.

Mais nous avons ce moment un temps magnifique et la chaleur accélérant la décomposition, il règne une odeur qui ne peut nous faire oublier le drame et les pertes en vies humaines.

Nous allions à l'aéroport pour chercher parmi les listes des blessés et des disparus à la Log Base (logistic base) de la minustah deux noms , celui d'un ami onusien que nous avons retrouvé bien vivant sur ses deux pieds. Mais quelle activité sur cette base ! et l'on réalise mieux ce que signifie le mot "coordination" ! De gros moyens, des compétences et de l'efficacité !
Au retour second arrêt à la résidence . Une équipe de gendarmes français et leurs chiens rentraient d'une expédition de recherches : on nous a présenté Ben Hur qui, grâce à son flair exercé, venait de retrouver deux personnes vivantes ! Miracle de ces situations extrêmes !
Puis coup de main aux collègues pour dresser la liste des derniers rapatriés du jour, les faire monter dans les bus et les diriger vers l'aéroport. J'ai vu partir certains de mes élèves seuls car leurs parents restent "pour continuer et reconstruire" ! .Il a fallu aussi monter des tentes récemment débarquées car jusqu'à présent les personnes réfugiées à la résidence ne disposaient que de la pelouse et de quelques draps et couvertures !

Pendant ce temps Sylvie aidait à l'hopital général avec beaucoup de courage car les blessures sont souvent si horribles que seule l'amputation se révèle salvatrice ! et les moyens sont si précaires qu'il faut avoir une bonne dose de foi pour y croire ! Dénuement total : pas de pansements, ni de désinfectant (elle a acheté de la javel!) , pas d'éclairage : elle a donné sa lampe frontale au toubib pour qu'il termine, la nuit tombée, sa dernière amputation ! Les dons pour les hôpitaux sont arrivés et leur distribution devrait se faire maintenant d'une façon plus rationnelle que ces dernières heures !ce qui soulagera bien sûr les malades et le personnel médical !
Voilà c'est notre troisième jour depuis le séisme !
Merci à tous pour vos pensées et vos messages . Toutes ces ondes positives nous aident et nous soutiennent !"

Haïti : la vie reprend

C'est le témoignage d'un petit groupe de personnes ! Mais qui fait un contrepoint aux informations des grands médias.

"Pas mal de français sont repartis, autour de 200 sans doute, notamment les familles avec enfants, les blessés ou encore ceux qui ont subi un véritable choc émotionnel et sont dans un état de quasi psychose. Mais à côté de ça, la vie reprend son cours. Pétionville (quartier de ma belle-soer) reprend ses habitudes. Les voisins passent à la maison, profitent d'un lieu de paix pour retrouver leurs esprits, ou tout simplement pour se laver, discuter.. Les gens multiplient les gestes de solidarité et les coudes se resserrent. Les bus inter-urbains recommencent à fonctionner, et Guy (un ami qui a une entreprise d'ébenisterie) est revenu de St-Domingue par la route sans aucun problème. Sa femme le rejoint bientôt, et son atelier ne va pas tarder à ouvrir de nouveau.
Bref, au quotidien, ce ne sont pas uniquement les images de la télé, les journalistes ayant tendance à braquer la caméra vers le plus sensationnel, et pas vers les scènes les plus représentatives du quotidien.
Comme en ce qui concerne l'insécurité ! Bien sûr qu'il y a des mouvements et qu'il faut prendre quelques précautions, dans certaines zones particulières. Un peu plus que d'habitude sans doute. Mais encore une fois, la vie a repris un cours presque normal, et la pression n'est pas celle qui peut être imaginée à la suite des infos audio-visuelles transmises.
Tout ça pour dire que le rapatriement n'est pas franchement d'actualité ! L'ambassade, pour l'instant, n'oblige pas ses ressortissants à partir, et la vie est tout à fait supportable et gérable. D'autres français partagent d'ailleurs le même sentiment. Et on ne peut pas jeter la pierre à ceux qui choisissent de partir bien sûr, mais pour aller où ? Pour faire quoi ? Pour revenir quand ? Aucune information n'étant communiquée par les services officiels, qui se bornent à dire qu'un avion peut les acheminer jusqu'en Martinique, puis sans doute en métropole. Mais après ?
Et puis partir ? Mais les aéroports sont surchargés !!!