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dimanche, 25 mai 2014

Une belle palme

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Cannes 2014 : le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan, Palme d'or pour « Winter Sleep »

Je suis pour ma part enchantée, sans avoir vu le film,  qui a été apprécié par Dominique Boy-Mottard une habituée du festival, que le jury ait trouvé cette année d'autres critères de récompense que ceux de l'actualité sociale et politique. Je n'en attendais pas moins d'une grande réalisatrice comme Jane Campion. J'ai entendu l'éloge d'un grand film littéraire... Un film long certes, et pas du tout grand public : c'est heureux que ce genre de film soit soutenu.

mercredi, 23 avril 2014

Aimer, boire et chanter

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C'est un film que j'ai failli ne pas aller voir ayant entendu beaucoup d'avis négatifs. Mais j'aime tellement les films d'Alain Resnais qu'il m'a semblé ne pas pouvoir être complètement déçue. Et je ne l'ai pas été. 

Le film surprend, ou plutôt prend le spectateur à rebrousse-poil... L'histoire est simple : dans la campagne anglaise, un homme sait qu'il va mourir et bouleverse la vie de trois couples amis.

Et c'est là que nous sommes déconcertés... Le réalisateur cache un maximum -tentures de théâtre en guise de portes, scènes  exclusivement à l'extérieur, on est dans toutes les maisons mais dans les jardins- pour révéler l'essentiel à savoir une interrogation sur ce qu'est devenue la vie de ses amis. C'est un film sur le  dévoilement progressif. La scène la plus spectaculaire de ce point de vue est celle de la fête donnée à l'occasion de l'anniversaire de la fille d'un des couples : toute la fête se déroule sans qu'on n'en voit rien sinon ceux qui la regardent. Et c'est ce qui peut paraître crispant à certains spectateurs habitués au cinéma qui exhibe. Resnais quant à lui semble s'être bien amusés à nous égarer...

lundi, 25 février 2013

Quand le cinéma américain revient sur son Histoire

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J'ai vu hier soir seulement, juste avant la cérémonie des Oscars, le Django unchained de Tarantino. J'aime beaucoup ce réalisateur et je n'ai pas été déçue.

Du vrai cinéma ! Rythme, action, images sublimes. C'est mon impression générale  à la sortie de cette superbe  parodie du western dit spaghetti.

Mais ce film est beaucoup plus que ça. Le film historique convient à Tarantino. J'avais beaucoup aimé Inglorious Basterds dont l'action se situait à Paris pendant l'occupation nazie... malgré un dénouement fort peu conforme à l'Histoire.

Avec Django unchained, nous approchons la réalité de l'esclavage. Une réalité crue, brutale, cruelle. L'esclavage, ce n'est pas "Autant en emporte le vent", saga romanesque qui le rendait acceptable avec ces braves noirs faisant partie de la famille... La pire violence de l'esclavage, nous la découvrons avec Tarantino : c'est la lutte  qu'il a provoquée entre les noirs eux-mêmes. Les scènes les plus insoutenables s'y rapportent. Un vrai choc, et pour moi une véritable découverte.

 

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Il est particulièrement intéressant de rapprocher ce film du Lincoln de Spielberg, aussi austère que le Django est éblouissant. Austère mais passionnant, un vrai cours d'Histoire. Les deux films dénoncent  l'esclavage. Tarantino en montre la cruauté en situant son récit deux ans avant la guerre de Sécession. Le film de  Spielberg se rapporte exclusivement au vote de l'amendement de la Constitution américaine pour le supprimer.  C'est technique, didactique et très instructif. On est tenu en haleine par les difficultés que Lincoln rencontre jusque dans son propre camp. Ruses, compromissions sont mises en place sans état d'âme par ce chef d'état visionnaire pour obtenir ces fameux deux tiers des voix.

Comme le cinéma américain me plaît avec des films d'une telle envergure...

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jeudi, 24 janvier 2013

Zero dark thirty

On sait qu'il y a une polémique à propos de ce film de Kathryn Bigelow, réalisatrice américaine, sur la traque de Ben Laden pendant dix ans par la CIA.

Cela peut se comprendre aux Etats-Unis mais je pense  que c'est un film à voir.

Ce n'est pas un documentaire mais une fiction : Maya, une jeune femme recrutée par la CIA dès la sortie du lycée, fait de la traque de Ben Laden une affaire personnelle.

Et elle réussit.

Il lui faut mettre en oeuvre beaucoup d'opiniâtreté et de persévérance pour réussir là où les autres agents de la CIA semblent avoir renoncé. Ce film a une tonalité très féministe, à l'américaine. On ne sait pas pourquoi Maya s'acharne : à tout moment on s'attend à une révélation du genre "un membre de ma famille a été tué le 11 septembre 2001" Mais rien de tout ça : pendant huit ans elle poursuit ce but bien au-delà de ce qu'on lui a demandé. Pour ses collègues c'est une emmerdeuse.

C'est vrai que c'est une femme qui n'a rien d'autre dans sa vie que cette tâche : pas d'amours, ni de famille, ni d'amis. Quand elle dîne au restaurant avec une collègue, elle lit des messages sur son téléphone... La froideur avec laquelle elle travaille pourrait la faire passer pour inhumaine si, dans les dernières images, on ne voyait  une larme couler sur son visage.

Ce personnage m'a beaucoup intéressée et il me semble que la réalisatrice a mis beaucoup d'elle-même. 

La polémique est née des scènes de tortures au début du film. Je comprends que les Américains aient du mal à admettre que certains renseignements permettant de retrouver Ben Laden aient été obtenus sous la torture mais le film le présente comme un fait. 

Il n'y a ni éloge ni dénonciation de la torture.

Pas de voyeurisme non plus, ni de complaisance malsaine dans la description de ces scènes d'extorsion d'aveux. 

Au contraire, la réalisatrice a introduit une dimension artistique à ces images, des contre-jours qui évoquent les clairs-obscurs des peintres, créent une distance permettant de supporter la réalité. Il y a même des vues quasiment christiques superbes.

Un film qui comptera.

 

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vendredi, 09 novembre 2012

Peut-on parler d'amour ?

Le film de Haneke mérite-t-il son titre ? Palme d'or au festival de Cannes il mérite en  sa récompense, mais on ce qui concerne le titre on peut s'interroger. C'est un film impressionnant même si pour ma part j'avais préféré "Le Ruban blanc".

On connaît l'histoire : un couple en fin de vie. Elle -Emmanuelle Riva- ancienne professeure de musique, se retrouve très handicapée suite à un AVC. Il la soigne, chez lui, "avec amour". Toute la question est là : ce dévouement maladroit et incompétent est-il de l'amour ? L'amour ne serait-il pas d'avoir recours à ceux dont c'est le métier ? C'est ce que soulignait dans un débat auquel j'ai participé un cinéphile également médecin. Ce qui m'est apparu dans ce film, et ce qui correspond pour moi à une conviction profonde, c'est que la fin de vie est conforme à l'existence qu'on a menée auparavant. On ne se retrouve pas par hasard enfermé dans l'isolement à plus de 80 ans. Isabelle Huppert joue superbement le rôle de la fille unique, éjectée de la vie de ses parents, soulignant à quel point ils  forment un couple égoïste et fusionnel, replié sur lui-même, tenant avec mépris à distance le monde extérieur... En cela ce film est une leçon à méditer. 

Toute mon admiration pour ces magnifiques interprètes que sont Trintignant et Riva : le film mérite d'être vu pour saluer leur travail... Et on peut se demander ce qu'éprouvent des comédiens qui jouent leur réalité : celle de la vieillesse. 

 

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dimanche, 21 octobre 2012

Dans la maison... de Lucchini

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Un immense bonheur ce dernier film de François Ozon "Dans la maison". Histoire très juste entre un professeur de Lettres et son élève doué  d'un talent  pour écrire... Cela devient tellement rare que l'enseignant décide d'accompagner l'adolescent dans cette  aventure de l'écriture. Ecrire conduit à transgresser : on le découvre assez vite dans la mesure où maître et élève  s'engagent dans la voie du socialement incorrect en pénétrant dans la vie d'une famille de classe moyenne.D'ailleurs ette famille perd son identité en tant que famille et devient objet littéraire de sorte qu'on ne sait plus qui sont réellement ces personnages puisqu'on ne les voit plus qu'à travers celui  qui les décrit.

Qu'importe.

Ce n'est pas d'eux qu'il est question mais de l'acte d'écrire,  de l'origine de la littérature.

Or nous sommes dans un temps qui n'aime pas la Littérature et rejette ce qu'elle a de dérangeant. Une époque nihiliste où l'art, représenté par l'épouse du professeur de Lettres, n'est que marchandise.

Oui la Littérature est voyeurisme et exhibitionnisme : mais transcendés par l'art. Curieusement à une époque où la téléréalité expose les histoires les plus intimes sur un média grand public, on parle de manipulation quand un apprenti écrivain s'invite dans une famille au nom de l'art.

Oui la Littérature répond  à des manques.

Pour moi c'est le message du film d'Ozon. Le maître comme l'élève souffrent et comblent leur vide : absence de famille pour l'adolescent, échec de l'écriture pour l'enseignant.

J'ai eu la chance, et l'ai déjà évoqué ici, de faire une expérience d'écriture avec un groupe d'élèves. Ils avaient apporté leur imagination fabuleuse et moi ma modeste plume. Expérience passionnante... Le roman policier devant être publié (il est à ce jour épuisé) j'avais fixé comme contrainte : on ne règle pas ses comptes avec les professeurs lesquels avaient majoritairement acheté le livre par souscription. Ils avaient  joué le jeu en ne choisissant que des enseignants qu'ils appréciaient... ce qui ne les avait pas empêchés de se défouler en leur attribuant des aventures invraisemblables.

Observer à travers mes élèves  l'acte d'écrire avait été passionnant car j'avais découvert à quel point ces auteurs amateurs mettaient d'eux-mêmes dans des personnages à l'origine bien réels.

Je me demande souvent ce qu'ils sont devenus... des adultes honorables  bien installés dans une vie de famille banale... mais ils auront eu cette lucarne de lumière à travers laquelle ils auront envisagé l'existence autrement.

 

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mercredi, 05 septembre 2012

A perdre la raison...

Les réalisateurs belges ont vraiment le génie du cinéma réaliste.

Dès le début de"A perdre la raison"  de Joachim Lafosse, dès le générique noir et blanc comme un faire-part mortuaire, dès la première image où des cercueils blancs sont embarqués dans la soute d'un avion après qu'une femme a murmuré sur son lit d'hôpital "il faut les enterrer au Maroc", on sait qu'il s'agit d'une tragédie.

Inspiré d'un fait-divers , l'histoire retrace la descente aux enfers d'une jeune femme sensible et très fragile qui commet l'irréparable sous l'emprise d'une terrible dépression. Son interprète, Emilie Dequenne, mérite largement ce premier prix d'interprétation féminine qu'elle a obtenu à Cannes. Et pourtant plus de la moitié du film se passe dans une ambiance "tout va bien". Les événements familiaux s'enchaînent mariage, naissances, vacances dans un bonheur apparent. Le film bascule dans l'horreur, on le sait et on l'attend. Une petite musique funèbre vient ponctuer cette progression. La mort approche, elle devient palpable. 

"La famille est le lieu de toutes les violences" nous avait dit un animateur du festival de cinéma de La Salette à propos du film "Incendies". Pour Joachim Lafosse c'est particulièrement vrai... Elle est introduite par un homme au-dessus de tout soupçon : médecin aisé -formidable Niels Arestrup- il ne fait que le bien... Il adopte un jeune Marocain, aide et protège. Le problème ainsi posé est celui du bienfaiteur... Jusqu'où peut aller un bienfaiteur sans devenir destructeur ? A la sortie du cinéma j'ai échangé quelques impressions avec une spectatrice qui avait vu dans ce personnage un homme de pouvoir pervers. Pour moi c'est peut-être plus complexe. En tout cas on peut s'interroger sur le besoin de pouvoir qui anime la volonté de faire le bien...

On sort du film KO mais il vaut la peine.

 

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