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samedi, 02 juin 2007

A Max Gallo

... nouvellement élu à l'Académie française.

"La peste soit de l'Académie et des Académiciens !
Aussi soumis à la voix de Richelieu que fille transie à son galant. Docte assemblée des plus prudents lettrés de France, réunis pour sa gloire et par sa volonté, ils ne le contredisent jamais. Le pouvoir et l'amour font également perdre le sens commun à cette sorte d'hommes. Fâcheux état qui prétend en dicter les termes et en régler la définition ! Il faut les voir façonner leur dictionnaire de la langue française à coups de serpe, déclarant hérétique l'usage des plus vieux mots de notre langue. Le cardinal leur souffle-t-il d'écorner le mot jadis, ou de démoder allégresse ? J'ai beau rager, vilipender, crier à la volerie, tout à trac ils s'acquittent, sans du tout barguigner. Et, ce faisant, biffent d'un trait de plume tyrannique la chose au coeur du mot, la souche des lettres, l'exultation d'écrire à pleine voix. (...)
Car il n'est, pour y entrer, que de déposer un vil blason de flatterie à gueules d'obéissance aux pieds du Cardinal. Quant à la qualité littéraire, l'étiquette mondaine y suffit. Le pot fait la confiture.
Disons-le tout net. La cène Académique rassemble un curieux dîner de têtes politiques. Sous couleur de régenter les soit-disant déportements des belles-lettres et de notre orthographe, Richelieu insinue par la force l'arme de ses édits dans nos us langagiers."

Bien sûr, c'était au temps de Richelieu, à une autre époque.

Propos prêtés à Marie de Gourmay, dernière amie de Montaigne et son éditrice, par Martine Mairal dans son roman, "L'Obèle", consacré à cette femme que l'Académie, récemment créée, avait rejetée.

jeudi, 31 mai 2007

Sauvée par l'artiste.

Je vous l'avais présentée ainsi...

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Voici la tête qu'elle a aujourd'hui ! Elle va retourner dans un coin obscur jusqu'à l'année prochaine.
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Heureusement, une artiste est passée par là...
Anne est arrivée sur mon blogue : elle l'a transfigurée et sauvée. Elle l'a même débarrassée de ses piquants.
Merci Anne car cette capricieuse peut très bien ne pas refleurir l'an prochain et même pendant plusieurs années !


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mercredi, 30 mai 2007

Chansons d'amour

Un film troublant et réjouissant, réalisé par le jeune Christophe Honoré...Présenté comme une "comédie musicale", ce qu'il n'est pas à mon avis, même pas tout à fait comédie. Un film plutôt grave finalement mais surtout très profondément émouvant.
La première partie paraît légère. Dans un no man's land générationnel, trois personnages-deux filles et un garçon- ne sont plus des adolescents mais pas tout à fait des adultes... Ils se retrouvent sous la couette pour des jeux amoureux marqués par la drôlerie avec, au passage, un petit coup de lèche du réalisateur qui est aussi écrivain, à son éditeur... Dialogues ping-pong aux répliques pétillantes. Or papa et maman ne sont pas loin. Au repas de famille, on découvre les soeurs et une mère fusionnelle qui s'insinue abusivement dans les confidences de sa fille. Chansons et parapluie : ça nous rappelle quelque chose ! Pour ma part je préfère Cherbourg à Paris mais cette madeleine de Proust cinématographique est agréable à croquer.
Chansons d'amour puis chanson de mort car la mort passe là où elle n'a pas le droit de passage.
Le chagrin est bouleversant, regardé sans mièvrerie ni camouflage. Eclatement du groupe et sauve qui peut amoureux. Irruption des sentiments, irruption de la poésie... Le film est réconfortant car à contre-courant du cynisme de notre époque. A moins que le cynisme soit déjà derrière nous et que revienne le droit à la tendresse.
Les jeunes acteurs sont vraiment fantastiques. Louis Garrel en particulier avec le regard ténébreux de Jean-Pierre Léaud est époustouflant. Ludivine Sagnier dans son petit manteau blanc style Courrèges fait aussi terriblement penser à la Deneuve des "Parapluies de Cherbourg".
Mais ne nous y trompons pas : malgré tous ces clins d'oeil le film n'a rien à voir avec le film de Demy. Ne serait-ce que pour la liberté des jeux amoureux qui sont, eux, bien de notre époque. Les chansons accompagnent, plutôt discrètes, les émois des personnages mais elles ne sont pas tout le film.
Très belle images en fin de film, presque esthétisantes... Des images qui restent en vous très longtemps.