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dimanche, 25 octobre 2009

Une belle rencontre

11832_163793644511_668574511_2622980_4306987_n.jpgC'est à une bien belle rencontre que j'ai été conviée jeudi, par Sandrine Runel, conseillère générale du 9ème arrondissement de Lyon, pour représenter l'École des Grands-Parents Européens.

Il s'agit d'une campagne de solidarité à partir d'un arbre. Explication sur son blogue.

"Le Foyer Notre Dame des Sans Abri dont le siège et un grand nombre d’établissements se trouvent dans le 7°, au coeur de la Guillotière, a mis en place l’opération “Abre de la Solidarité”.

Il s’agit de la 6° campagne des Arbres de la solidarité. Afin de pouvoir financer de nombreuses actions et permettre aux plus démunis de bénéficier de repas ou d’un hébergement, l’association a lancé cette opération et sollicite les entreprises, les particuliers, et les collectivités locales pour faire preuve de générosité et de solidarité en faisant un don au foyer."

Notre Dame des Sans Abris mène à Lyon une action extraordinaire  qui va bien au-delà de l'accueil d'urgence. Le foyer travaille à l'aide des démarches administratives pour les Sans-Papiers et à l'insertion.

Mais ce qui m'a le plus marquée dans cette manifestation est la rencontre d'une classe appelée CLA. Il s'agit d'une classe pour les enfants qui arrivent en France ne parlant pas français. Un seul enseignant, ou presque pour  apprendre notre langue. Un investissement et un enthousiasme remarquables pour celui avec lequel j'ai pu échanger. Son rôle va également bien au-delà de celui d'un enseignant : il s'occupe de toutes leurs formalités administratives, les accompagne à la cantine voire à l'arrêt de bus si ses élèves sont trop perdus. J'ai pu discuter avec ceux de ces jeunes débrouillés en français. La plupart d'entre eux étaient arméniens mais avaient transité par la Russie où on leur avait interdit l'accès aux écoles. Une jeune fille m'a beaucoup touchée : le regard vif, parlant déjà bien français. Leur enseignant m'a dit la joie de travailler avec ces adolescents-de 12 à 17 ans-très motivés pour apprendre; et très respectueux.

Mais problème !

Grave problème.

Ces classes qui permettent à des enfants étrangers de s'intégrer sont menacées. Elles peuvent être reconduites d'une année sur l'autre mais très facilement supprimées. Ainsi ces nouveaux arrivants peuvent se retrouver dans des classes normales où ils seront pour la plupart perdus.

Pire !

L'Académie refuse de faire connaître le nombre de ces CLA pour que leurs enseignants ne puissent se regrouper et faire pression en cas de suppression.

Qui se soucierait en effet de leur disparition ?

 

samedi, 24 octobre 2009

Ma Jian

Pascal Duperrier est un visiteur de ce blogue. Nous partageons le même intérêt pour la Littérature chinoise contemporaine mais lui est sans doute plus attiré par les auteurs dissidents. IL m'a ainsi fait découvrir Ma jian.

10728_1117647392412_1563837552_30259348_499731_n.jpgMendiante de Shigatzé (Editions Actes-Sud) qui est bien plus qu'un simple récit de voyage. En cinq récits, Ma Jian nous livre le Tibet de tous les jours, tel qu'il l'a découvert. Mais ces récits, à l'origine parus dans une revue littéraire chinoises, lui valent les foudres des autorités officiellement en raison de sa vulgarité et de l'image qu'il donne du peuple tibétain. Les descriptions — celles des funérailles célestes durant lesquelles les cadavres sont livrés aux vautours, celles des incestes, des viols, des mortifications… —, aussi insoutenables que fascinantes, n’ont pas manqué de susciter les foudres de la censure en ce qu’elles prêtent d’irréductible singularité à un peuple supposé se fondre dans la grande Chine. Ces récits ont été interdits en Chine et la revue qui les avait accueillis fut suspendue et son directeur révoqué. Et l'auteur condamné à faire son autocritique. Mais c'est bien mal connaître Jian Ma. Il va faire son autocritique mais aussi la publier.


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Chienne de vie (Editions Actes-Sud) est l'autocritique que fit Jian Ma. Au cours de la révolution culturelle, Monsieur Xu, professeur de dessin, a connu la déchéance et payé d'exclusion son "droitisme". Dix ans ont passé. Le narrateur, son ancien élève, est en route vers celui qui demeure, dans sa mémoire, un maître adulé et haï... Ce professeur n'est autre que la Chine elle-même, bien sûr. Cette fois, c'est la violence de ses aveux qui fascine. A petites touches furtives, parfois coupables jusqu'à la nausée, une confession prend forme. La trahison, la corruption d'un idéal, la profanation que le temps inflige à la pureté des premiers élans... Pour les autorités, la coupe était pleine et on lança un mandat d'arrêt contre lui pour "pollution spirituelle". Jian Ma prend donc la fuite.


10728_1117651192507_1563837552_30259361_5993096_a.jpgChemins de poussière rouge (Editions de l'Aube) Jian Ma raconte sa propre odyssée de 3 ans à travers le Tibet, les déserts ou les côtes sud de la Chine, pays intolérant à ses yeux où l'autorité est "répressive et hypocrite". Au cours de ce long périple en charrette, en bus, et le plus souvent à pied, avec seulement un sac à dos, il poursuit une quête intérieure, liée à sa relation avec le bouddhisme. Il a même prononcé des vœux bouddhistes. Il a écrit un poème dans la ville de Golmud. Récit d'un Chinois devenu étranger à son propre pays, d'un voyage pittoresque et riche de culture, le livre permet aussi de plonger dans la Chine profonde, de découvrir ses populations et ses minorités.


Nouilles chinoises (Editions Flammarion) a été écrit à Londres où Jian Ma a fui en passant par Hong-Kong. En écrivant un roman dans le roman, Jian Ma utilise un subterfuge qui n’entend duper personne. Cet écrivain, c’est lui. Comme lui, il a une haine des gouvernements passés : "Au moins, les chiens dirigeraient mieux le pays que ne l’a fait votre gouvernement." Mais bien plus que les dirigeants, c’est cette fois bien la société chinoise toute entière que l’auteur cible. La Chine qui tente de s’extraire de l’amnésie communiste par un libéralisme déchaîné n’a rien de séduisante. "Dans ce monde aliéné, seuls les demeurés peuvent trouver le bonheur." Pessimiste, Jian Ma dépeint un monde où les personnages ont des tares démesurées et intolérables. Corruption d’un trafiquant de sang, inhumanité d’un des personnages qui précipite sa mère vivante dans un fourneau, suicide d’une actrice dévorée par un tigre, passage à tabac d’une jeune fille prête à subir tous les outrages pour s’accrocher à son bourreau, viol collectif offert en spectacle... Son livre dépeint la réalité d’une société devenue une jungle et certains passages sont très durs.

Nouilles chinoises est ainsi un livre à message, qui retourne l’estomac. Jian Ma n’y attaque ni le communisme, ni le capitalisme. Il attaque l’individualisme naturel et poussé à son paroxysme. Ces personnages, tous humains, drôles et compréhensibles accomplissent des méfaits ignobles.

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10728_1117653072554_1563837552_30259369_1374347_a.jpgLe dernier roman de Jian Ma (Editions Flammarion.) Mai 1989. Des milliers d'étudiants occupent la place Tienanmen. De toute la Chine, des gens se joignent à la protestation et les étudiants prennent soudainement conscience de l'influence qu'ils peuvent exercer. Le héros du roman, Dai Wei, est blessé par un coup de revolver à la tête infligé par un policier en civil lors de l’écrasement par l’armée de la révolte du "Printemps de Pékin" le 4 Juin 1989. Il va vivre dix ans dans un coma qui lui permet seulement d’entendre son entourage. Pour tenter d’en sortir, il se raccroche à ses souvenirs et aux souffrances de ses parents. L’importance donnée au thème du coma vient peut-être de l’accident qui plongea à la même époque le frère de Jian Ma dans le même état. Le deuxième thème concerne la vie quotidienne du blessé. La police le surveille pour l’arrêter s’il reprenait ses esprits, les voisins espionnent sa mère qui a les plus grandes difficultés à survivre et à payer les traitements médicaux, quand les hôpitaux ou la médecine traditionnelle acceptent de soigner une victime de la Place.
Ses anciens camarades aident sa mère à le soigner et progressivement sont gagnés par la volonté de s’enrichir en Chine et surtout à l’étranger. De même son corps devient marchandise : ses urines seraient miraculeuses et sont vendues comme, plus tard, l’un de ses reins ; il devient même objet sexuel car cette partie de son anatomie fonctionne toujours! Sa mère, communiste zélée, n’a pu adhérer au Parti du fait d’un mari "droitier" et d’un fils connu de la police, puis responsable de la sécurité des grévistes de la faim sur la Place Tienanmen. Elle finira par rejoindre la secte Falungong.
Le troisième thème du livre concerne l’enchaînement d’événements qui conduisirent à l’écrasement par l’armée, de la révolte estudiantine et à de nombreux morts. Jian Ma nous raconte ce que voit son héros, ce qui limite l’approche du "Printemps de Pékin" à sa composante étudiante en excluant les actions de soutien de la population pékinoise.
Jian Ma a une approche clinique des événements et de leurs acteurs, il n’escamote pas les aspects déplaisants des luttes de pouvoir entre groupes d'étudiants, la recherche de vedettariat de certains dirigeants. On a l’impression d’un roman à clef où de vieux comptes se règlent, d’autant que les débats entre anciens dirigeants exilés sur les responsabilités de l’échec durent encore. Jian Ma est obsédé par l’oubli dans lequel tombent ces événements en Chine et à l’étranger. Pour lui, Tienanmen marque une rupture fondamentale, la perte de tout idéal par le peuple chinois ; la croissance économique ne suffit pas, il faut revenir sur cette tragédie pour repartir sur des bases saines. Le gouvernement veut écrire l’histoire qui lui convient, le rôle des écrivains est de faire œuvre de mémoire.

Merci Pascal.

jeudi, 22 octobre 2009

Peut-on montrer le quatrième âge ?

I+feel+good.jpgLe festival de cinéma Lumières Blanches à Tassin près de Lyon est consacré aux films intergénérationnels. L'an dernier j'avais vu dans ce cadre la très belle réalisation  "Depuis qu'Otar est parti". Cette année, un film a suscité questions et controverses : "I feel good" que je n'ai pas vu mais dont j'ai entendu parler par des amis. Il a été détesté ou encensé. Il montre une chorale du quatrième âge avec des images, en particulier des gros plans, très réalistes. Pas de retouche anti-rides ! Cela a gêné certaines de mes amies. Les Américains sont peut-être plus décomplexés que nous par rapport à l'atteinte de l'âge ou la dégradation corporelle. Nous sommes peut-être davantage prisonniers de l'apparence... Jugez vous-même.

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mercredi, 21 octobre 2009

J'ai toujours préféré

Pour Cathy

qui aime la chanson française


 

J’ai toujours préféré aux voisins les voisines
Dont les ombres chinoises ondulent sur les volets
Je me suis inventé un amour pantomime
Où glissent en or et noir des bas sur tes mollets

De ma fenêtre en face, j’caresse le plexiglas
J’maudis les techniciens dont les stores vénitiens
Découpent en tranches la moindre pervenche

J’ai toujours préféré aux voisins les voisines
Qui sèchent leurs dentelles au vent sur les balcons
C’est un peu toi qui danse quand danse la mousseline
Invité au grand bal de tes slips en coton

De ma fenêtre en face, j’caresse le plexiglas
Je maudis les méninges inventeurs du sèche-linge
Plus de lèche vitrine a ces cache-poitrine

J’ai toujours préféré aux voisins les voisines
Qui vident leurs armoires en quête d’une décision
Dans une heure environs, tu choisiras le jean
Tu l’enfileras bien sur dans mon champ de vision

De ma fenêtre en face, j’caresse le plexiglas
Concurrence déloyale de ton chauffage central
Une buée dense interrompt ma transe
Puis des effets rideaux et c’est la goute d’eau
Un ravalement de façade me cache ta palissade
Une maison de retraite, construite devant ma fenêtre
Sur un fil, par centaines, sèchent d’immenses gaines

Renan Luce

"Une maison de retraite, construite devant ma fenêtre
Sur un fil, par centaines, sèchent d’immenses gaines"

à La semaine bleue

dont je ne comprends guère l'intérêt.

mardi, 20 octobre 2009

Pour en finir avec Berlin

Je n'ai pas osé écrire : pour en finir avec Anne Wiazensky. C'est vrai que j'ai terminé son roman car j'ai la faiblesse de penser que, s'il y a des livres sans intérêt, il n'y a pas de lecture stupide.

En fait ce roman m'a prise au piège de souvenirs qui se sont réveillés sans que je m'y attende. Il raconte  l'histoire de la mère de l'auteure, née Mauriac qui, désireuse de s'émanciper de la tutelle bourgeoise, se lance dans l'aventure de la Libération et devient ambulancière. Or, les femmes qui conduisaient des voitures à cette époque étaient toutes issues du même milieu.

Celui de la grande bourgeoisie parisienne qui constituait les bataillons des bénévoles de la Croix-Rouge. Il se trouve, et c'est là qu'interviennent les souvenirs, que ma mère a travaillé à la Croix-rouge pendant la guerre. Elle, était salariée. Elle aurait dû se présenter au concours de l'École Normale en septembre 1939 pour devenir institutrice mais le concours a été supprimé pour cause de guerre. La voilà dans la nécessité de gagner sa vie et c'est ainsi qu'elle devint salariée à la Croix-Rouge, apprenant sur le tas sténo et dactylo. Dans mon enfance,  elle évoquait cette époque et particulièrement ces dames de la Croix-Rouge, toutes bien nées. Ma pauvre mère, qui était le contraire d'une révolutionnaire, en parlait avec émotion et admiration ! Pensez, ces dames lui parlaient gentiment et avec simplicité. Tout cela m'est revenu mais pour déplorer son respect excessif de la condescendance.

C'est exactement ce que j'ai retrouvé dans le roman d'Anne Wiazensky et c'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles je l'ai détesté.

Échantillon. Il s'agit d'une ambulancière.

" Mitsou, étendue sur son lit de camp, attend le sommeil en se forçant à bailler. Elle porte un élégant pyjama de soie et s'est enduit le visage d'une épaisse crème qui sent le concombre. Malgré les quatre jours de voyage entre Paris et Berlin, l'inconfort du lieu, l'absence de salle de bains, la promiscuité avec les cinq autres femmes, sa beauté demeure intacte, comme jamais préservée."

Voilà toute la tonalité du roman dans ces quelques lignes. Et le contenu aussi.

Berlin est en ruines, les Berlinois se terrent dans les caves et affrontent la maladie, la peur, la faim, le froid. Et le roman nous parle des danses et des rencontres, d'une histoire d'amour avec des événements aussi tragiques que la crainte d'un refus que Mauriac ferait à l'amoureux de sa fille ou le choix du lieu du mariage : Berlin ou Paris ?

Claire Mauriac s'est finalement mariée à Paris une semaine après mes parents. À Paris également, mais ce ne fut pas un événement mondain. Et je suis née un mois avant Anne Wiazensky.

La petite dactylo de Saint-Denis, ma mère, a-t-elle croisé l'ambulancière toujours bien coiffée et manucurée ? Il faudra que je lui demande.

Passée à côté du sujet Anne Wiazensky. Pourtant un bien beau sujet.

L'amie qui m'a prêté ce livre, m'en a conseillé un autre :

une femme à berlin.jpgle journal d'une anonyme.

nul doute que celui de la petite-fille de Mauriac ne supportera pas la comparaison.