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mercredi, 18 avril 2012

Nos voeux secrets...

iwish_01.jpgBien qu'il soit distribué dans des salles rares et confidentielles, je vous recommande "I wish" du réalisateur japonais Hirokazu Koreeda. De lui j'avais déjà vu "Still walking" et je suis émerveillée par la délicatesse de ce cinéaste. Nul ne sait mieux que lui filmer les relations humaines et plus particulièrement familiales.

L'histoire est simple : deux frères, deux petits garçons adorables bien que très différents, sont séparés parce que leurs parents ne vivent plus ensemble.

.Il y a longtemps que je n'avais pas vu représentée la magie du monde de l'enfance avec à la fois autant de réalisme et de tendresse. Les deux frères décident de se retrouver avec leurs amis respectifs, à mi-chemin de leurs domiciles. Cette rencontre des enfants est un vrai miracle de poésie, de joie, de générosité . On découvre un Japon où la famille est perturbée comme dans tout le monde occidental, pourtant c'est décrit par Hirokazu Koreeda sans aucun cynisme,  au contraire dans un climat de dignité et de solidarité. Les grands-parents sont merveilleux ! Ils accompagnent avec bienveillance, allant même, pour le grand-père, jusqu'à se faire complice de son petit-fils qui va faire l'école buissonnière  pour retrouver son frère . Par ailleurs on est transporté dans un Japon très loin des clichés  véhiculés en Europe, on est loin du Japon des haïku et des sushis. C'est le Japon populaire et provincial, des vrais gens : les hommes "prennent une cuite",  on y mange copieusement des plats roboratifs qui n'ont rien à voir avec les sushis ! ,Très émouvant aussi le rappel d'un Japon qui vit toujours avec des phénomènes naturels menaçants : dans ce film c'est un volcan qui est en activité et dont il faut chaque matin nettoyer les cendres.

Et aussi l'écriture du film est marqué par autant de  poésie que d'humour...

 

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jeudi, 15 mars 2012

Printemps des poètes : au coeur de la douleur...

à tous ceux qui aujourd'hui sont contraints à prendre la route de l'exil...

"...dans le monde  y a tant de douleurs humaines qu'il n'y aura jamais assez de poètes pour les dire. Quand le peuple républicain est arrivé à la frontière française, le poète Antonio Machado traînait la patte. Pour avancer il s'appuyait sur sa mère. Avant d'atteindre la Jonquera, la plus grande philosophe espagnole du XXè siècle, Maria Zambrano, fit arrêter sa voiture et proposa à la mère et au fils de poursuivre la route avec elle. Machado refusa. Maria descendit de voiture et termina la route à pied. Avec eux Machado avait décidé de partager le malheur de son peuple jusqu'au bout. Collioure fut son lit de mort. Au même moment à Villequiers, le monument de Victor Hugo était barbouillé de goudron par des inconnus."

Juan Manuel Florensa, dernières pages de " Les mille et un jours des Cuevas".

Clin d'oeil à ma soeur qui travaille sur Maria Zambrano...

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Antonio Machado et Maria Zambrano...

mardi, 13 mars 2012

Les Mille et un jours des Cuevas

41syLEIU6SL._SL500_AA300_.jpgSurprenant de voir le fantastique se mettre au service de l’Histoire. L'auteur de ce roman, Juan Manuel Florensa, lui-même fils de réfugiés républicains espagnols, raconte l’histoire d’un jeune homme possédant  le don de revivre des événements historiques qui lui sont inconnus. C’est ainsi qu’il part à la recherche de l’histoire de sa famille en grande partie décimée par le franquisme. Hébergé par son  grand-père, il retrouve la douloureuse histoire des républicains espagnols, plus spécialement des anarchistes.

 La particularité de cette page de l’Histoire espagnole est … qu’elle n’a pas encore été écrite ou si peu.  Une chape de silence a recouvert l’Espagne jusqu’en 1975. Pendant « nos » Trente glorieuses, on a continué en Espagne à torturer et à emprisonner. Ensuite les Espagnols ont voulu rejoindre le reste de l’Europe plutôt que d’activer leur mémoire. Et tous ces non-dits accumulés de part et d’autre de la frontière  continuent de faire des ravages.

 Cette page d’histoire, on la découvre ainsi à travers la vie des quatre générations de la famille Cuevas… Un arrière-grand-père sauvagement massacré, son fils Antonio qui après s’être battu avec les Républicains a connu l’exil qu'il commence par   le camp de concentration d’Argelès : c’était en France et en 1939… Tristement prémonitoire… On ne sait pas grand-chose de son fils soucieux d’intégration et de réussite sociale mais c’est le petit-fils, Régis, qui ouvre grandes les portes de la Mémoire…

 Bien que passionnant ce roman historique est destiné aux lecteurs persévérants car l’écriture de ce gros livre est difficile et parfois déroutante. Tantôt sobre et poétique, tantôt boursouflée en se voulant épique, parfois ordurière : bref déconcertante !

 

À consulter car riche en documents et photos, la page Facebook du livre…

 

 http://www.facebook.com/pages/Les-mille-et-un-jours-des-C...

 

 

 

lundi, 12 mars 2012

Printemps des poètes : qu'est-ce que la poésie ?

Toujours de Jean-Pierre Lemaire, ce texte court et très touchant... Je n'ai pas osé le publier le 8 mars : journée de la femme oblige ! 

Pourtant, comment ne pas être émerveillé par cette simple image des grains de poussière dans un  rayon de soleil ?  Dans l'Antiquité déjà Démocrite semble y avoir été sensible ! 

La ménagère

Quand elle a fini de cirer les meubles

d'essuyer les vases, le dos des vieux livres,

elle s'assied la tête vide.

Les grains de lumière ont partout remplacé

les grains de poussière

mais qui verra la différence ?

Le soleil seul

la félicite.


Jean-Pierre Lemaire


Jeanmi, s'interroge et nous interroge, dans un récent commentaire, sur le lien entre qualité de l'écriture et notoriété de l'éditeur : vaste question à laquelle il suggère d'ailleurs sa réponse.

À MON TOUR DE VOUS INTERROGER  : QUELLE EST POUR VOUS LA VRAIE POÉSIE, CELLE QUE VOUS AVEZ VRAIMENT ENVIE DE LIRE ?


lundi, 28 novembre 2011

Une révolution contre les femmes ?

aliaa_pic.jpgLes élections en Egypte sont présentées par les médias occidentaux comme une victoire de la démocratie.

Pourtant j'ai lu dans le dernier numéro de Courrier international un article d'une journaliste égyptienne qui m'a alertée.

Pour qui la démocratie ?

Pas sûr que ce soit pour les femmes.

Selon Aliaa Dawood, journaliste dans le quotidien Al-Masri Al-Youm, les acquis des femmes égyptiennes risquent d'être gravement remis en cause.

En effet, c'est essentiellement Suzanne Moubarak, l'épouse du dicatateur déchu, qui s'était beaucoup investie pour faire progresser les conditions de vie des femmes égyptiennes.

Les différentes lois liées aux droits des femmes étaient appelées "lois de Suzanne Moubarak". Imposées aux hommes de manière autoritaire.

"Beaucoup de citoyens avaient le sentiment que les changements relatifs aux droits des femmes leur étaient imposés, sentiment qui n'a fait que s'amplifier avec l'impopularité croissante du régime Moubarak. ... La manière dont dont la plupart de ces lois ont été introduites à conduit les hommes à penser qu'on les privait de leurs droits pour les donner aux femmes. (...) Certains ont même créé, bien avant la révolution, des organisations de défense des droits des hommes."

D'après Aliaa Davood, les femmes épyptiennes peuvent craindre un retour de bâton lié à un désir des hommes de retrouver leurs droits.

lundi, 07 novembre 2011

Goncourt des lycéens

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Contrairement à "L'Art français de la guerre" que j'avais lu en septembre, je ne connais pas le livre des Carole Martinez, "Du domaine des murmures" récompensé par le Goncourt des lycéens.

En tout cas un sujet original :

"En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire « oui » : elle veut faire respecter son vœu de s'offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe.."

.En général je suis rarement déçue par leur choix.

C'est grâce à eux que j'avais découvert Shan Sa, auteure d'origine chinoise, que j'ai suivie fidèlement.

Il y a dans ce jury lycéen, une fraîcheur, une authenticité qui manquent aux autres prix, lesquels ont tendance à choisir les ouvrages dans l'air du temps ou "qui se la pètent" ! ... En tout cas, je suis déjà d'accord avec ceux qu'ils ont écartés, encensés pourtant par les médias.

Parfois je me demande si, en tant que lectrice, je n'en suis pas restée au niveau du lycée! 

 

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mercredi, 02 novembre 2011

Littérature et colonisation

C'est donc Alexis Jenni qui a obtenu le Goncourt pour "L'Art français de la guerre": mon opinion négative n'a pas changé pour autant... 

Ashab doit être content ...

Ce n'est pas mauvaise foi de ma part : d'ordinaire je n'évoque jamais les livres qui m'ont déplu.

Je vais essayer d'expliquer mon aversion, sans scrupules, puisque le monsieur aura plein d'éloges, d'acheteurs qui ne seront pas forcément des lecteurs, mais le bruit des sous n'a jamais empêché de dormir, surtout l'auteur d'un premier roman (publié).

L'histoire : un bobo lyonnais quadra, qui s'ennuie et traîne ses états d'âme, rencontre un vieil aquarelliste qui a fait les trois dernières guerres; la grande et les deux coloniales. Donc le récit alterne entre les problèmes de couple de notre malheureux quadra, épanchements  qui dégoulinent à n'en plus finir- en tant que narrateur il justifie d'ailleurs sans complexes son épandage sentimental-   et les aventures du guerrier Salagnon devenu un peintre du dimanche.

Cela pourrait être original et où est le problème ?

Pour moi il y a maldonne dans la distribution du vécu des personnages.

D'un côté le  narrateur bobo qui étale ses tripes -et même au sens propre, au cours d'un repas délirant où il sert des abats crus pour choquer la province- et de l'autre un soldat qui vit trois guerres, racontées à travers des actions, dans le genre archi- vu et revu, lu et relu mais  dont on ignore toutes les réactions face aux violences, aux tortures, à la mort qu'il a dû donner ou voir opérer...

Et qui finit sa vie tranquillement en peignant des aquarelles : vous y croyez vous ?

Ce qui m'aurait intéressée, c'est de lire ce qui était  dans la tête et dans le coeur de Salagnon le soldat...

mathieu-belezi-rentree-litteraire-flammarion.jpgD'autant que pour cette rentrée littéraire est justement paru un superbe roman sur la colonisation française en Algérie.

Je ne l'ai pas tout à fait terminé mais je le trouve magnifique.

"Les Vieux fous" de Mathieu Belezi.

J'avais déjà beaucoup aimé son ouvrage précédent "C'était notre terre", saga d'une famille de colons, racontée par des récits croisés entre les différents membres de la famille.

Dans "Les Vieux fous", il raconte un colon, qui est "le" colon. Belezi flirte avec l'irrationnel puisque son personnage barricadé  au moment de l'indépendance dans son immense domaine, des milliers d'hectares,  avec une poignée de légionnaires, a 145 ans...l'âge de l'Algérie française. Le personnage est un mythe. Il fait défiler tout son  passé colonial... La conquête par la force, les viols nombreux évoquent le viol de la terre, puis les visites des hommes politiques français de la quatrième république, qui viennent profiter, participer à ses festins et à ses gabegies, puisque c'était "notre terre". 

L'écriture de Belezi est tout simplement somptueuse : lyrique, poétique, fulgurante avec des intonations rabelaisiennes surtout dans la première partie, que je trouve particulièrement savoureuses.

Mais surtout, comme dans "Les Bienveillantes", on saisit l'intérieur, on découvre les racines... Du génocide ou de la colonisation pour Bélezy et les racines sont multiformes, s'enchevêtrent dans l'Histoire.

Donc il faut lire Bélezi plutôt que Jenni... 

La colonisation étant  à la mode en littérature, et pourquoi pas, concernant l'Indochine rien ne vaut Jean Hougron que j'ai déjà cité et dont je viens de terminer les cinq volumes de sa "Nuit indochinoise", primée par 'Académie française dans les années soixante.

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